Mettre les archives au centre de l’attention : retour d’expérience sur une collaboration en cours entre archivistes, historiennes et professionel.les de santé en détention.
Sous forme de table ronde animée par Gaïd Andro (Université de Nantes), Mona Le Bris (archiviste au centre hospitalier Guillaume Regnier), Mathilde Pintault (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine) et Fanny Le Bonhomme (Université de Poitiers) ont évoqué un programme de recherche en cours, soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Ce programme a pour objet l’étude, la valorisation et la médiation du fonds d’archives psychiatriques de la prison Jacques Cartier, longtemps au coeur de la vie carcérale rennaise.
Le centre pénitentiaire Jacques Cartier ayant fermé ses portes en 2010 après plus de cent ans d’existence, la question du devenir des bâtiments se pose. Son rachat par Rennes Métropole entraîne des réflexions quant à la reconversion hypothétique du bâtiment comme lieu de rencontre entre les sciences sociales et l’urbanisme participatif citoyen. L’occasion se présente alors de lier intimement l’histoire carcérale et une logique participative. Ceci dans le but de re-historiciser une vision du monde carcéral souvent fantasmée et erronée et de permettre un dialogue avec des acteurs contemporains de cette histoire.
Construit sur la pluridisciplinarité scientifique et une logique participative et citoyenne, le programme prend sa source dans une collaboration entre historiennes, archivistes et professionnels de santé enrichie par le témoignage d’anciens acteurs de la prison Jacques Cartier et de son service de soins (anciens détenus, surveillants, personnels de santé du service psychiatrique).
Outre le dépouillement des dossiers, les méthodes de recherche passent par des entretiens qui permettent de collecter une trace de vie intime des personnes qui ont fréquenté le lieu et viennent nourrir le fonds Jacques Cartier des archives départementales d’Ille-et-Vilaine. Des ateliers avec les soignants permettent une meilleure connaissance du fonds. Une ancienne infirmière en psychiatrie a notamment rejoint le programme, permettant aux chercheurs de mieux comprendre les dossiers de patients et leur contexte de création.
Le programme est en cours depuis 2024 et devrait durer jusqu’en 2028. Le contenu des dossiers patients relevant du secret professionnel, les chercheur.euse.s ont dû rencontrer en personne les responsables du service psychiatrique afin de briser les clichés qui pèsent sur l’accès aux archives et ainsi permettre une consultation des documents. Une dérogation permet l’accès à ces 11 000 dossiers.
La volonté des chercheur.euse.s de faire connaître et diffuser cette histoire carcérale passe aussi par une présence sur les lieux lors des journées du patrimoines avec des visites guidées en duo (un membre du projet et un ancien acteur de la prison). Du côté des archives départementales d’Ille-et-Vilaine, la réalisation d’un guide des sources est prévue.
Pour en savoir plus : Fanny Le Bonhomme et Gaïd Andro, « Patrimoine carcéral et médiation scientifique : le cas de la prison Jacques-Cartier (Rennes) », Criminocorpus [En ligne], Sombre patrimoine, patrimoine sombre. Mémoires et histoires de justice, mis en ligne le 31 janvier 2024, consulté le 27 mars 2025. http://journals.openedition.org/criminocorpus/14335
Billet rédigé par Mila François et Louna Parquic
