avril, 2019

05avril9h0012h00Passé colonial : rechercher la véritéSession présidée par Violaine CHALLEAT-FONCK9h00 - 12h00

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Affaire Maurice Audin : la recherche de la vérité et les archives – table-ronde

Animée par Sylvie THENAULT, CNRS

Avec Michèle AUDIN, fille de Josette et Maurice AUDIN, Nathalie FUNES, journaliste à L’Obs, et Jean-Charles BEDAGUE, Siaf

En 1957, Maurice Audin a disparu après avoir été arrêté, à Alger, par les parachutistes français en lutte contre les partisans de l’indépendance de l’Algérie. Militant communiste, il venait en aide, dans la clandestinité, aux dirigeants du Parti communiste algérien (PCA), dissous depuis 1955. En dépit de toutes les démarches accomplies, le plus tôt possible, Josette Audin n’a jamais pu savoir ce qui était arrivé à son mari. En 2012-2013, elle a obtenu de consulter des archives publiques, émanant de l’armée mais aussi de la Justice et d’autres organismes. Le 13 septembre 2018, Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de l’État dans la mort de Maurice Audin. Bien que la vérité sur les circonstances de sa mort n’ait pu être établie, il est prouvé que sa disparition résulte d’un système répressif découlant de la loi des pouvoirs spéciaux. Aussi la reconnaissance de la responsabilité de l’État est possible du point de vue historique. La déclaration présidentielle annonce également une dérogation générale sur les archives concernant les disparus de ce conflit.

Cette table ronde se propose de revenir sur la quête de la vérité et sur les attentes de divers acteurs de cette Affaire envers les Archives : interviendront Michèle Audin, fille de Josette et Maurice Audin, ainsi que Nathalie Funès, journaliste à L’Obs, qui a enquêté sur les circonstances de la mort de Maurice Audin. Jean-Charles Bédague sera invité à dialoguer avec eux, au nom du SIAF. Sylvie Thénault, historienne, modérera les débats.


Archives et mensonge d’État

Par Armelle MABON, Université Bretagne Sud et laboratoire TEMOS CNRS FREE 2015

Après avoir travaillé sur des documents falsifiés et avoir mis au jour un mensonge d’État avec un massacre d’ex-prisonniers de guerre maquillé en rébellion armée, mon rôle d’historienne étant de m’approcher de la vérité, j’ai mis en place une stratégie de recherche afin de pouvoir consulter les archives “secrètes” mais aussi pour obtenir le libellé d’archive caviardée : saisine de la CADA, du TA, du Conseil d’État. De plus l’enjeu des archives permettant de faire aboutir un procès en révision est important. Dans la mesure où j’ai pu comprendre que la fraude scientifique à partir d’omission d’archives a servi la poursuite du mensonge d’État, un débat est nécessaire sur l’impact de l’omerta institutionnelle.


Quand la transparence n’était pas à l’ordre du jour : l’opacité du rapatriement des archives coloniales

Par Charly JOLLIVET, chercheur associé, Laboratoire TEMOS (CNRS FRE 2015)

La compréhension de la répartition des archives au moment des indépendances africaines est un réel enjeu. Par des actions décidées le plus souvent unilatéralement, la France fait main basse sur une partie des traces de sa présence en Afrique. En contrôlant l’accès aux archives, elle bénéficie alors de facto, par la combinaison de facteurs archivistiques (délais de traitement, mise en service d’inventaires) et règlementaires (communicabilité des fonds), d’un pouvoir d’orienter la recherche. La maîtrise des archives et d’une partie de la mémoire contribuent alors à ce que subsiste une forme de domination coloniale.
Il est intéressant de noter que la répartition des archives coloniales a très peu été questionnée par les archivistes français qui semblent la considérer comme normale et acquise. Le discours archivistique vient même souvent la justifier. Le devoir de réserve auquel sont soumis les quelques archivistes s’exprimant sur le sujet explique probablement pour partie cette situation.
Il est pourtant compliqué de légitimer des transferts opérés vers la France à la fois dans la précipitation, le plus grand secret et surtout sans même que la question des archives ne soit abordée avec les autorités locales dans le cadre du processus d’indépendance.
Les archivistes justifient pourtant rapidement ces transferts en affirmant que le sujet avait été réglé par le précédent indochinois, en référence à la convention signée avec le Vietnam en 1950. Ainsi, en 1961, lors de la 6e conférence internationale de la table ronde des archives, Robert-Henri Bautier théorise les partages en recourant aux concepts d’archives de souveraineté et d’archives d’administration (terme remplacé par la suite par « archives de gestion »).
À travers l’étude des sources archivistiques et bibliographiques, cette communication se propose de réinterroger ces transferts, singulièrement ceux survenus depuis Madagascar : quel contexte ? quelles archives ? quelles justifications ? quelles conséquences ?


Retour d’expérience sur le cas des archives algériennes

Par Tiphaine GAUMY, Archives nationales d’outre mer

Les Archives nationales d’outre mer, à Aix-en-Provence, ont une grande activité de courriers administratifs, avec cette spécificité qu’il s’agit pour la majorité de répondre à des citoyens non français. Dans le cas des fonds algériens, les principaux thèmes abordés sont la propriété terrienne (suite au senatus consulte de 1863 et aux séquestres), les questions d’Etat civil, d’états de services militaires mais surtout l’époque de la guerre d’Algérie (incarcérations, dossiers de morts pour la France ou de victimes, etc.)

Les demandeurs et les archivistes se heurtent à plusieurs difficultés : la barrière de la langue, l’éloignement géographique, la méconnaissance du monde des archives (un nom ne suffit pas pour retrouver l’individu dans 10 km d’archives), la complexité administrative (les archives militaires au SHD et à Pau et non aux ANOM), les aléas historiques (peu d’archives, et non l’intégralité des archives de souveraineté de ces territoires, nous sont parvenus, certaines ont été restituées), les limites des archivistes français et algériens (taux de classement aux ANOM, pas de numérisation concernant ces archives), les délais de communicabilité, encore fermés pour les affaires juridiques mais consultables pour de nombreuses qui concernent les harkis et moghaznis victimes d’un fort ressentiment en Algérie, une sensibilité différente sur la question des données telles que la religion ou les liens de famille, un flou juridique sur la nécessité administrative des attestations délivrées, une instrumentalisation politique de la question des archives, tant en France qu’en Algérie, une actualité mouvante (annonce relative au cas Audin et à une dérogation générale en France le 13 septembre 2018).

Dans ces conditions, comment rationaliser les demandes et les réponses, en s’appuyant sur le numérique, tout en ménageant les attendus en matière de respect de la vie privée et de transparence, comment communiquer sur nos fonds, leur accessibilité aussi bien juridique que physique, comment dépassionner des archives au fort enjeu mémoriel.

Horaire

(Vendredi) 9h00 - 12h00

Lieu

Auditorium

Centre de congrès - 23 Rue Ponchardier - 42000 Saint-Étienne

Intervenant pour cet événement

  • Armelle MABON

    Armelle MABON

    Maître de conférences, Université Bretagne Sud et laboratoire TEMOS CNRS FREE 2015

    Historienne, je travaille sur les prisonniers de guerre "indigènes" et j'ai mis au jour un mensonge d’État en 2014 sur les événements de Thiaroye au Sénégal le 1er décembre 1944.

    Maître de conférences, Université Bretagne Sud et laboratoire TEMOS CNRS FREE 2015

  • Charly JOLLIVET

    Charly JOLLIVET

    Chercheur associé, Laboratoire TEMOS (CNRS FRE 2015)

    Docteur en archivistique, Charly Jollivet est l’auteur d’une thèse intitulée : Archives, archivistique et logiques d'usage dans les territoires issus de la colonie de Madagascar de 1946 à nos jours. Son parcours le conduit à occuper des postes d'archiviste (archives de Mayotte, SIAF, Archives nationales) et d'enseignant-chercheur en archivistique (université d’Angers).

    Chercheur associé, Laboratoire TEMOS (CNRS FRE 2015)

  • Jean-Charles BEDAGUE

    Jean-Charles BEDAGUE

    Service interministériel des archives de France

    Archiviste paléographe, docteur en histoire, Jean-Charles Bédague a été responsable des archives présidentielles aux Archives nationales de 2010 à 2015. Il est désormais chef du bureau des études et des partenariats scientifiques au Service interministériel des Archives de France, chargé notamment des questions d'accès aux archives (communicabilité, diffusion, réutilisation).

    Service interministériel des archives de France

  • Michèle AUDIN

    Michèle AUDIN

    fille de Josette et Maurice AUDIN

  • Nathalie FUNES

    Nathalie FUNES

    journaliste à L’Obs

    journaliste à L’Obs

  • Sylvie THENAULT

    Sylvie THENAULT

    Historienne, CNRS

    Sylvie Thénault, historienne, est spécialiste de la colonisation et de la guerre d’indépendance algérienne. Après la soutenance de sa thèse en 1999 et son recrutement au CNRS en 2001, elle a présenté son habilitation à diriger des recherches en 2011 et est devenue directrice de recherche en 2012. Elle est actuellement directrice adjointe du Centre d’histoire sociale du XXe siècle.

    Historienne, CNRS

  • Tiphaine GAUMY

    Tiphaine GAUMY

    Archives nationales d\'outre mer

    Conservatrice aux Archives nationales d'outre mer, en charge d'une partie des fonds algériens.

    Archives nationales d\'outre mer

  • Violaine CHALLEAT-FONCK

    Violaine CHALLEAT-FONCK

    Archives nationales

    Archiviste paléographe, conservateur du patrimoine spécialité archives et docteure en histoire contemporaine de l’Université Paris I. Chargée de mission pour les archives audiovisuelles et photographiques à la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la défense (2004-2005), chef du pôle archives de l’établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (2005-2012). Conservateur au sein du département de la Justice et de l'Intérieur aux Archives nationales, responsable du pôle Intérieur. Membre de l'AAF.

    Archives nationales

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