avril, 2019

03avril16h3017h30Archives militantes : le cas des archives LGBTQ et féministesSession présidée par Claire LEMERCIER16h30 - 17h30

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Transparence choisie, transparence retrouvée des archives minorisées : les fonds queer et féministes

Par Elodie HOPPE,  archiviste à l’Université Lyon 2, et Roméo ISARTE, co-fondateur de l’association Mémoires minoritaires

Le questionnement récent autour des archives essentielles est particulièrement sensible lorsqu’il touche les traces de groupes sociaux marginalisés. Les groupes féministes et les communautés LGBTQI sont aujourd’hui au centre de débats de société et la demande de vérité autour de ces questions accompagne un mouvement relativement récent de collecte institutionnelle.
Pour autant, faire l’histoire queer et féministe suppose de savoir où chercher. L’hypothèse serait qu’il existe bien entendu des traces mais que ces traces seraient invisibles, voire invisibilisées dans les archives institutionnelles.
Dans une perspective comparative, deux initiatives de collecte et valorisation de fonds d’archives féministes et queer à Lyon seront présentées, l’une associative, la seconde initiée à l’intérieur d’une université.
L’association Mémoires minoritaires incarne cette pratique alternative de collecte et valorisation. Elle recueille ces traces parfois en déshérences et diffuse une culture de l’archive proche des réflexions menées au sein du Collectif Archives LGBTQI de Paris. Son action est motivée par l’affirmation que la conservation d’archives sur les sexualités et les minorités de genre dans des institutions publiques n’est pas une pratique neutre dénuée d’effet sur la société.
En écho, les archives du Centre Louise Labé, conservées à l’Université Lyon 2, témoignent d’une transparence retrouvée. Convergence entre militantisme et recherche, ce fonds a souffert du déclin des études qui l’ont initié. Ce retour d’expérience permet de mettre en évidence le rôle central du service d’archivage intermédiaire de l’Université, jouant à plein son rôle de l’intérieur, par la coordination entre productrices du fonds, réseaux militants et institutions d’archivage définitif. A rebours d’une collecte sèche, son action a permis l’ouverture d’une nouvelle phase de collecte (et d’un enrichissement du fonds) et la mise à disposition des documents communicables. Autant d’éléments qui invitent à repenser la stratégie globale de sélection et conservation, pour une meilleure transparence.


Déplacardisons nos archives ! Les archives LGBTQI+ en France

Par Patrick COMOY, Collectif Archives LGBTQI

Des projets d’archives LGBTQI+ (lesbiennes, gay, bi, trans, queer et intersexes) sont en pleine affirmation en France et au-delà. Leur développement témoigne d’une prise de conscience par ces communautés de l’importance de préserver et de transmettre leurs mémoires. Ces initiatives s’accompagnent de plus en plus d’une reconnaissance des pouvoirs publics et institutions patrimoniales.

Le collectif Archives LGBTQI+ est une émanation citoyenne qui milite depuis 2017 pour la création d’un centre d’archive et des mémoires LGBTQI+ qui devrait doit voir le jour prochainement à Paris. De tels lieux offrent de nouveaux regards sur les archives.

1- Les “communautés sources” revendiquent de gérer “leurs” archives, et d’en définir les contours (refus des distinctions classiques entre ce qui serait “patrimonial” et aurait la valeur d’être conservé, et des archives considérées comme “mineures” mais fondamentales par les communautés), et les épistémologies (mise en valeur d’une conception de l’archive “vive”, qui refuse la sacralisation des artefacts et leur mise à distance du présent, qui valorise chacun.e comme foyer d’archive,…). Elles s’estiment légitimes pour proposer une autre forme d’expertise, située, accompagnée parfois d’autres pratiques, pour leurs archives; leurs approches de la collecte, du classement, de la valorisation, de toutes les étapes la chaine archivistique, peuvent agir comme un “trouble”, et ouvrir à d’autres manière de voir et de faire.

2- Ce faisant, ces archives LGBTQI+, autonomes, apparaissent comme autant de révélateurs et (de nouvelles approches) pour toutes les autres archives notamment publiques. Les premières amènent les secondes à reconsidérer comment se sont constitués leurs propres fonds (archives de la répression, de la coercition, de l’action de l’État…), ce qu’ils contiennent et qui n’était pas analysé (par ex. au regard d’un thesaurus élargi aux concepts nécessaires pour des fonds LGBTQI+ ou de description spécifique), le statut d’expertise de l’archiviste professionnel.le et les modalités envisageables pour la valorisation.

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” Mes archives sont-elles queer ? “

Par Bénédicte GRAILLES, Maîtresse de conférences en archivistique – Université d’Angers – laboratoire Temos (Temps, mondes, sociétés) CNRS-Fre 2015

Des besoins d’archivage et de communication spécifiques aux militant.e.s

La communication part de l’hypothèse, établie à partir de recherches autour du don et de la transmission d’archives, que les associations militantes et les activistes ont une définition des archives et une relation à la mise en archives singulières et en évolution d’où découlent des besoins et des demandes particulières. La publication des archives par la diffusion en ligne est d’ailleurs une forme contemporaine aboutie de l’action militante, le mot archives devant ici être pris dans son acception la plus large. Ces besoins spécifiques déterminent la géométrie des fonds, les documents confiés et la communicabilité. L’ ouverture des fonds à un public plus ou moins large est fonction du type de militantisme. Des logiques d’affiliation orientent le choix du lieu de conservation.
Suivant les configurations, les acteurs/actrices peuvent être mu.e.s par un besoin identitaire, voire communautaire, ou par un irrésistible élan de partage, un besoin de transmission intergénérationnelle. L’action d’archiver apparaît alors comme un militantisme continué.
Ces deux mouvements concomitants et/ou contradictoires – transmission et affiliation – ont diverses conséquences. Ces caractéristiques paramètrent les lieux de conservation, les traitements archivistiques, les modalités juridiques en fonction des degrés d’ouverture et de conformité idéologique.
La communication s’appuiera sur des études de cas, en particulier dans la sphère féministe et LGBTQ.

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Horaire

(Mercredi) 16h30 - 17h30

Lieu

Salon Passementiers

Centre de congrès - 23 rue Ponchardier - 42000 Saint Etienne

Intervenant pour cet événement

  • Bénédicte GRAILLES

    Bénédicte GRAILLES

    Maîtresse de conférences en archivistique - Université d\'Angers - laboratoire Temos (Temps, mondes, sociétés) CNRS-Fre 2015

    Bénédicte Grailles est docteure en histoire, conservatrice du patrimoine, maîtresse de conférences en archivistique, responsable du master Archives de l'université d'Angers. Membre du laboratoire Temos et du groupe Alma, Archives, livres, manuscrits et autres supports, ses recherches portent sur les pratiques développées autour des archives, sur l’émergence de patrimoines archivistiques sociaux et militants, sur les usages du matériau archivistique comme espace de construction des individualités et de fabrication sociale des individus et des groupes.

    Maîtresse de conférences en archivistique - Université d\'Angers - laboratoire Temos (Temps, mondes, sociétés) CNRS-Fre 2015

  • Claire LEMERCIER

    Claire LEMERCIER

    Membre du comité scientifique du 3e Forum des archivistes

    Diplômée de l’IEP de Paris, agrégée et docteure en histoire, Claire Lemercier, entrée au CNRS en 2003, y est actuellement directrice de recherche, rattachée au Centre de sociologie des organisations, après une première phase de carrière à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine. Dans le cadre du master recherche en sociologie de Sciences Po, elle enseigne l’usage de sources écrites, notamment archivistiques. Principalement ancrées dans un dialogue entre histoire et sociologie, mais faisant aussi appel à la science politique, au droit et à l’économie, ses recherches portent sur les relations entre État, entreprises et marchés, principalement en France, de 1750 à nos jours. Elles sont souvent centrées sur des institutions, sans négliger les trajectoires des personnes qui les font vivre. Elle s’est ainsi intéressée aux chambres de commerce, tribunaux de commerce, instances d’arbitrage commercial et conseils de prud’hommes et, dans le cadre de recherches collectives, aux correspondances négociantes des xviiie et xixe siècles, aux dirigeants des plus grandes entreprises françaises du xxe siècle et au devenir de l’apprentissage après la Révolution française. (voir son CV) Parallèlement, Claire Lemercier a dévéloppé avec Claire Zalc une activité d’expérimentation et de vulgarisation de nouvelles méthodes quantitatives – ou de nouveaux usages d’anciennes méthodes – appliquées à l’histoire (voir le site associé à leur manuel et à leur atelier). Les archives les plus massives, en particulier les dossiers nominatifs (de carrière, de contentieux, de suivi par les services sociaux, etc.) se prêtent particulièrement bien à ce type de démarches, mais posent de délicates questions d’échantillonnage, que la vogue des big data n’a nullement rendues obsolètes. Ces questions rencontrent celles de l’évaluation et la sélection des archives, ce qui a amené Claire Lemercier à participer régulièrement, depuis 2014, à des formations destinées aux archivistes. Membre élue du Conseil scientifique du CNRS, Claire Lemercier y participe activement à un groupe de travail consacré à l’information scientifique et technique, qui a récemment organisé une journée dédiée aux questions de conservation et de partage des données de la recherche. Elle est également membre du comité de suivi de la Loi pour une République numérique mis en place en 2017 au ministère de la Recherche. Dans ces instances, elle s’attache à promouvoir l’open science tout en rappelant l’importance des savoir-faire professionnels et disciplinaires – dont ceux des archivistes – que la nouveauté supposée de la « science des données » ne doit pas conduire à dévaluer.

    Membre du comité scientifique du 3e Forum des archivistes

  • Elodie HOPPE

    Elodie HOPPE

    archiviste à l\'Université Lyon 2

    archiviste à l\'Université Lyon 2

  • Patrick COMOY

    Patrick COMOY

    Collectif Archives LGBTQI

    Le collectif Archives LGBTQI est un collectif citoyen de lesbiennes, gays, bi·es, trans, queers et intersexes, et de leurs associations. Il s'est constitué en 2017 pour promouvoir et rassembler les moyens de la création, enfin, d'un lieu dédié aux archives et mémoires LGBTQI+ en France. Il a été désigné en juillet 2018 par les pouvoirs publics pour porter la préfiguration d'un tel centre à Paris.

    Collectif Archives LGBTQI

  • Roméo ISARTE

    Roméo ISARTE

    Co-fondateur de l’association Mémoires minoritaires

    Co-fondateur de l’association Mémoires minoritaires

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